LE POINT AVEC LE GENERAL DE DIVISION

ALAIN COROIR,

DELEGUE AUX RESERVES.

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Les tragiques évènements de Janvier et Novembre 2015 ont eu pour conséquence de faire acquérir à la réserve de la gendarmerie une importance particulière.

En effet, la réserve opérationnelle (que l’on pourrait justement appeler »forces de renfort ») qui était jusqu’à présent (selon des propos d’un commandant de groupement): « la seule variable d’ajustement des effectifs » est devenue d’une manière caractéristique et par essence même indispensable.

Le général de division Alain COROIR a bien voulu recevoir en toute camaraderie Resgend et « Bleu Défense » pour nous apporter son éclairage privilégié sur la situation générale de la réserve de l’Institution. Qu’il en soit ici chaleureusement remercié.

Mon général, vous avez la parole…

« Depuis quelques mois, on constate une évolution significative des missions et de l’emploi des réservistes ainsi que des moyens qui y sont associés : budget, équipement, formation, protection sociale, carte professionnelle…

Ceci est la conséquence d’une part, de la volonté affirmée du directeur général déjà depuis plusieurs mois, de valoriser la réserve et, d’autre part, des évènements dramatiques précités. Ces deux paramètres sont les deux « boosters » de l’évolution de la situation des forces de réserve.

1/Rappelons la politique définie par le directeur général en matière de réserve :

1.1/ Mise en œuvre de la réserve territoriale.

1.2/ Renforts de réservistes au profit des groupements les plus touchés par la délinquance.

1.3/ Mise en œuvre d’un dispositif de protection sociale des réservistes : création d’un réseau d’ un référent par région et avance des fonds par la fondation « maison de la gendarmerie » aux personnels de la réserve opérationnelle en cas d’accident en service.

1.4/ Mise en œuvre d’un nouveau cursus de formation conduisant à l’attribution immédiate de la qualification d’APJA (agent de police judiciaire adjoint). Les réservistes sont « prêts à l’emploi » après une formation de quatre semaines.

1.5/ Attribution à chaque réserviste d’une carte professionnelle électronique semblable à celle de l’active. Les premières arrivent sur le terrain.

2/ Les attentats de 2015 et la menace terroriste :

La réserve a bénéficié de : abondements financiers, dotation supérieure en munitions (deux tirs de trente cartouches par an au lieu d’un), équipement en gilets pare-balles, le directeur général ayant pris la décision d’en doter, dans les meilleurs délais, chaque réserviste.

2.1/ Budget:

Cela se traduit de manière très concrète au plan budgétaire par l’évolution suivante :

2014 : 40 millions d’euros

2015 : 45     «              «

2016 : 56   «            «     déjà alloués,

Ceci permet en termes d’emploi :

2014 : 20 jours par ESR par an

2015 : 23   «                «              «

2016 : 26-27 «            «           «

Ce qui est considérable. Nous sommes dans une montée en puissance significative, ce qui nous amène à programmer une augmentation des effectifs pour passer de 23000 contrats ESR aujourd’hui à 30000 à échéance 2018.

 

2.2/ Emploi :

Le constat qui s’impose aujourd’hui est que les forces de réserve sont sollicitées dans tous les emplois de la gendarmerie : euro 2016, crise des migrants, contrôle des flux…la réserve est considérée désormais comme « une composante indispensable à la performance de la gendarmerie ». Le directeur général rappelle régulièrement que « sans la réserve, nous ne serions pas en mesure de remplir complètement notre contrat opérationnel ».

Officiers : les directives ont été données aux régions pour employer plus régulièrement les officiers de réserve, notamment dans le cadre de l’emploi en unités constituées, qui aujourd’hui se généralise suivant le nouveau concept adopté.

2.3/ Formation

Nous en sommes à la préfiguration de la formation rénovée, conduite dans trois régions-tests : Rhône-Alpes, Auvergne et Aquitaine. A l’issue, dès le mois de Septembre, un bilan sera réalisé par la délégation aux réserves en présence des régions préfiguratrices ainsi que des représentants des autres régions afin de leur permettre de préparer dans les meilleures conditions la bascule en 2017.

Les dispositions ont été prises par les régions pour inviter les réservistes non titulaires de l’APJA à se former sur un module EAD (enseignement à distance) spécifique APJA et à passer un examen de validation organisé au niveau région à leur intention. La réussite à cet examen vaut attribution de la qualification APJA. Seront mises en place plusieurs sessions par an, destinées à favoriser la réussite.

3/ Réserve citoyenne

La volonté du directeur général de donner un second souffle à la réserve citoyenne s’est concrétisée par l’élaboration d’un plan stratégique de cette R.C. 2016-2020. L’objectif est de véritablement structurer cette réserve citoyenne, actuellement forte de 1.300 personnels, qui a vocation à atteindre un effectif de 1500 d’ici 2020. La volonté affichée est d’animer véritablement ce réseau. Ceci va se concrétiser dans les prochains mois, ce sera une avancée majeure.

4/ Perspectives d’avenir

On peut raisonnablement penser que la forte montée en puissance liée au contexte et donc aux besoins opérationnels croissants est appelée à se poursuivre au cours des prochaines années. Dès lors nous devons nous mettre en capacité de :

_ disposer d’un vivier de réservistes sous contrat ESR susceptibles de répondre à toutes les sollicitations du terrain et de

_leur assurer des équipements adaptés aux missions.

Chaque réserviste est de plus un « ambassadeur » de l’Institution, constituant autant de « capteurs » sur l’ensemble du territoire, et de relais pour la communication de la gendarmerie.

Ils sont de plus eux-mêmes des recruteurs potentiels par l’exemplarité de leur engagement.

5/ Les associations

Elles doivent (entre autres) relayer, expliquer, valoriser l’ emploi de la réserve, l’engagement de nos jeunes concitoyens, et défendre et mettre en exergue les valeurs de la gendarmerie.

6/ La délégation aux réserves

Elle est le « bras armé » du directeur général pour la réserve. La décision prise le premier Janvier 2016 vient conforter ce rôle, puisque les différentes missions jusque-là réparties entre plusieurs directions au sein de la direction générale sont désormais regroupées dans la nouvelle structure de la délégation aux réserves, ce qui permet au général délégué de disposer de l’ensemble des « leviers » : organisation, formation, budget, gestion…

L’outil est maintenant parfaitement configuré pour mener à bien la politique définie par le directeur général.

Les effectifs sont à ce jour de 13 officiers, sous-officiers, gendarmes adjoints, civils. Cet effectif passera à 14 à l’été 2016 avec l’affectation d’un officier spécialement dédié à la montée en puissance de la réserve citoyenne. »

Les adhérents de RESGEND et les lecteurs de « Bleu Défense » remercient respectueusement le général COROIR de sa bienveillante camaraderie.

 

Propos recueillis par le colonel (h) Jean-Pierre SOBOL

Président de RESGEND

Rédacteur en chef de « Bleu Défense ».