La période qui s’étend du 19 juillet 1870 au 28 janvier 1871 constitue le cadre de la première guerre franco-allemande. Le régime déclinant du Second Empire, pensant reconquérir son prestige, est rapidement acculé à la défaite. Après les échecs du mois d’août (Forbach et Froeschwiller, siège de Strasbourg, occupation de Nancy), Bazaine est contraint de s’enfermer dans Metz. L’armée de secours, repoussée à Sedan, subit une grave défaite au cours de laquelle Napoléon III, fait prisonnier, capitule. Le gouvernement de la Défense nationale, nouvellement installé, tente désespérément de résister. La gendarmerie participe pleinement à ce conflit : en tant qu’unité combattante pour participer aux opérations et au titre de la prévôté pour assumer sa mission de police militaire.

La défense de Paris

Les revers militaires incitent les autorités à organiser des régiments de gendarmerie à pied et à cheval. Un décret du 11 août 1870 prévoit leur mise en place. Le régiment à pied comprend deux bataillons à six compagnies, pour un effectif de 1 248 hommes, officiers compris. Réunie à Versailles, la troupe entre à Paris le 27 août 1870. Elle assiste, sans intervenir, à l’instauration de la République, le 4 septembre.

Après l’avènement du régime républicain, et sous l’impulsion de Gambetta, l’effort de guerre devient total. Un décret, du 29 septembre, institue un second régiment de gendarmerie à cheval, composé principalement à partir des éléments détachés de la 1ère légion de gendarmerie (Seine-et-Oise, Seine, Oise et Seine-et-Marne), ainsi que du personnel provenant des départements envahis. Face à l’avancée des Prussiens, un nouveau texte, du 1er octobre, augmente les effectifs du régiment de gendarmerie à pied. Les unités de gendarmerie à Paris sont réparties dans les 13e et 14e armées, où elles sont conservées comme unités de réserve.

Destinées à la défense de la capitale, ces formations participent au combat de Châtillon, le 19 septembre 1870, où le 1er régiment à cheval soutient le repli des artilleurs. Des gendarmes participent encore aux batailles de La Malmaison, le 21 octobre 1870, et de Buzenval, le 19 janvier 1871. Ils fournissent en outre des détachements pour des opérations de reconnaissance.

L’engagement en province

La résistance s’organise également en province. Un décret des 31 octobre et 18 novembre 1870 prescrit le prélèvement de deux régiments de marche de gendarmerie à cheval – 480 hommes se rassemblant à Saumur et à Caen – au sein des légions ; ce même décret requiert la constitution d’un régiment de marche de gendarmerie à pied de 1 200 hommes devant se rassembler à Bourges. Des escadrons de gendarmerie sont encore formés à Lille. Par un arrêté du 10 novembre 1870, le général Faidherbe organise deux escadrons de gendarmerie à partir des brigades des compagnies du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme. Les gendarmes qui les composent se battent dans les rangs de l’armée du Nord qui, malgré quelques succès locaux, ne parvient pas à faire sa liaison avec les autres forces françaises et à briser l’encerclement de Paris. Ces deux escadrons sont licenciés par l’arrêté du 9 mars 1871. Enfin, une compagnie est formée dans la Sarthe pour renforcer la 2e armée de la Loire, alors qu’un régiment à cheval est créé pour l’armée de l’Est, le 5 janvier, afin de débloquer la citadelle de Belfort.

Parmi les généraux issus de la gendarmerie, Fauconnet et Deflandre trouvent la mort lors des combats. Les gendarmes s’illustrent notamment lors de la bataille du Mans – les 11 et 12 janvier 1871 – où ils parviennent à tenir le faubourg de Pontlieue au prix de la mort d’un officier et de 83 sous-officiers.

Le service de la prévôté

Dès les débuts de la guerre, la gendarmerie est mise à contribution pour exercer un service prévôtal. Celui-ci est réorganisé par un décret des 20 décembre 1870 et 23 janvier 1871. Au total, dix-sept légions sont appelées à y participer. Ces formations opèrent sous les ordres des généraux commandant les divisions et les subdivisions. Les gendarmes sont tenus d’occuper de jour comme de nuit les gares et les points stratégiques pour y exercer une fonction de police militaire : ils recherchent les déserteurs, les fuyards et les militaires circulant sans papiers, recueillent les armes, les munitions ou les effets d’équipements abandonnés, patrouillent enfin pour opérer l’arrestation des espions et des suspects. La concentration de ces brigades, rassemblées dans les chefs-lieux des compagnies, prive néanmoins les campagnes de leur surveillance habituelle. Pour pallier ce manque, un décret du 14 janvier 1871 institue des brigades provisoires de gendarmerie, composées de gendarmes auxiliaires, pour la durée de la guerre contre la Prusse. Ces auxiliaires sont des anciens sous-officiers de l’Arme, des brigadiers, des gendarmes en retraite, des anciens soldats de la ligne proposés pour entrer dans l’institution et susceptibles d’être confirmés dans cet emploi à la fin de la guerre ou, en dernier ressort, des mobilisés mariés.
Le tribut payé par la gendarmerie pour la défense de la nation a été lourd. Cette institution a pu, une nouvelle fois, démontrer sa capacité de se muer en unité combattante lorsque les circonstances l’exigeaient.

Chef d’escadron Edouard Ebel.
Chef du bureau Études, Traditions, Symbolique du département Gendarmerie du Service Historique de la Défense.