INTERVIEW DU GENERAL D’ ARMEE RICHARD  LIZUREY, DIRECTEUR GENERAL DE LA GENDARMERIE NATIONALE.

Col.(h) SOBOL: Mon général, quel est votre sentiment au moment de changer sinon de vie, au moins de vie professionnelle ?

Le sentiment d’avoir eu la chance de travailler avec et pour des gens formidables. L’état d’esprit de nos personnels, de tous nos personnels, d’active et de réserve, également de nos personnels civils, est exceptionnel. Je ne le dirai jamais assez et je continuerai à le dire demain aux interlocuteurs que je rencontrerai. Leur dévouement se manifeste au quotidien auprès de la population, auprès des élus, comme auprès de tous les acteurs des territoires qu’ils sont chargés de protéger. Il se manifeste aussi, ne l’oublions pas, à chaque coup dur « national ». La gendarmerie a beaucoup de chance de pouvoir compter sur de tels personnels, et partant, la France et les Français aussi. C’est donc avec cette idée-là ancrée en moi que je quitte le service actif, cette idée-là et la conscience de la reconnaissance que les gendarmes méritent, que nous leur devons, que je leur dois. J’ai notamment une pensée pour ceux qui nous ont quittés et ceux qui ont été blessés. 

Quelle appréciation portez-vous sur les profondes transformations de la gendarmerie ?

La gendarmerie a réussi en réalité un double mouvement : celui de se transformer, profondément, et celui dans le même temps de revenir aux fondamentaux de son métier. Cela pourrait sembler paradoxal, mais c’est tout à fait cohérent, puisque toutes nos transformations ces dernières années ont précisément consisté à redonner son sens originel au métier de gendarme, autour d’une mission prioritaire, qui est la matrice de toutes les autres : le contact avec la population. La maison a bel et bien connu de grandes transformations, oui, elle a réussi son intégration au ministère de l’intérieur, elle a lancé des chantiers technologiques et numériques majeurs, elle s’est considérablement ouverte sur l’extérieur, mais, surtout, j’insiste, elle a réussi à remettre prioritairement le gendarme là où il est le plus utile, c’est-à-dire auprès de la population, sur le terrain. Les gendarmes ont toujours eu cet ADN du contact humain en eux, mais ils n’en avaient plus assez le temps ni les moyens. Nous avons commencé à les leur redonner et nous sentons, sur le terrain, ou bien en écoutant et lisant les remontées des élus, que cela « prend bien » et fonctionne. Le métier est en train de changer, de se « retrouver ».

Quels vœux formulez-vous à destination des personnels de la gendarmerie dans leur globalité ?

Des vœux chaleureux et positifs, évidemment, mais au-delà et surtout je veux dire à nos personnels, à nos camarades, ma confiance dans l’avenir, pour eux et notre métier. Les transformations qui ont été lancées ont aussi pour but de simplifier la vie du gendarme, d’améliorer sa qualité de vie au travail, ce qui est, légitimement, dans un métier exigeant comme le nôtre, un objectif en soi. De la même façon, le rôle croissant de la concertation,
la généralisation du commandement bienveillant et la reconnaissance du droit d’expérimenter (du devoir d’expérimenter !), conféré à chaque gendarme, permettront de donner toujours plus de sens et de place à l’action de chacun, quel que soit son statut, quel que soit son grade. Surtout, les gendarmes ne doivent jamais en douter, ils font un métier formidable, utile et humain. J’ajoute que nous aurons toujours besoin d’eux demain, car jamais un robot ne fera à leur place le travail de proximité et d’empathie au quotidien. Plus que jamais, demain, nous aurons besoin de leurs qualités humaines et de leur discernement. Gendarme est un métier d’avenir !

Quels vœux pour les réservistes en particulier ?

Je suis de ceux qui pensent qu’il faut les intégrer davantage encore dans la conception du service au quotidien, alors je leur souhaite, je vous souhaite, évidemment le meilleur. Je n’oublie jamais de rappeler à nos interlocuteurs, et même à nos militaires d’active, que nos réservistes sont des femmes et des hommes qui ont déjà leur vie, leur métier, mais qui néanmoins consacrent de leur temps pour servir la population avec nous, comme nous. Nous avons besoin de vous. Sans vous, nous ne pourrions pas remplir autant de missions. Je suis conscient malheureusement des difficultés budgétaires qui parfois encore vous impactent, mais toute la hiérarchie de la gendarmerie travaille à les dépasser. Les réservistes produisent de la sécurité publique et permettent d’étendre le continuum de sécurité de la Nation. Nous leur devons, comme à nos camarades d’active, tous les respects. La gendarmerie est une seule et même équipe. Il n’y a pas 100 000 gendarmes et 30 000 réservistes. Il y a 130 000 hommes et femmes engagés au service de la même cause : le service de la population et de la France.

Crédit photo : Sirpa-gendarmerie.


Le Président d’Honneur

Colonel ( h) Sobol